À hue et à dia.
Non omnia possumus omnes.
- Ceux qui vont se coucher lorsqu’ils n’ont plus de cigarettes et ceux qui en cherchent une prématurément écrasée dans un cendrier.
- Ceux qui pour qui c’est toujours trop et ceux pour lesquels ce n’est jamais assez.
- Ceux qui perdent du temps à remettre à l’endroit leur pull juste après l’avoir ôté et ceux qui préfèrent le perdre juste avant de le remettre.
- Ceux qui cherchent un synonyme et ceux qui se fichent de faire une faute.
Histoire d’archives, II.
Procès-verbal.
Compte rendu fac-silimé de mes humeurs bavardes ou pudiques, l’écriture comme à la fois mon être et mon paraître, chair et viscères autant que maquillage et habits, mon sourire à la beauté des formes et celui de circonstance aux convenances formelles. Qui je suis et qui je veux être, qui je veut être, quel jeu peut-être.
Comme marque le linge l’étiquette à nom brodé cousue aux cols des chemises, le style colle à la peau hors de portée de la vue.
Bercail.
Embrasser les embarras.
A
audillionoir, v. – Peser le pour et le contre, anticiper tous les cas de figures, prendre du recul une fois connus tous paramètres nécessaires, accéder à une pleine conscience de la situation. Finalement, n’en pas tenir compte et laisser décisionnaire l’animal désirant que l’on est.
C
coiquonprenriendre, v. – Téléphoner depuis une soirée dans laquelle les basses sont fortes et mal réglées.
H
hangühyne, n. m. – Regard qui arrache le coeur.
N
nanmécie, n. f. – Discussion aussi désagréable qu’inévitable.
sens fig. : vaisselle à faire ou à jeter.
Autoportrait + Question.
Petit Poucet mon cul.
A Reims, j’ai laissé mon édition fétiche des Fleurs du Mal. Au Havre, j’ai oublié mon petit cahier de brouillon et tous les poèmes. A Dauville, j’ai égaré mon porte-cigarette. A Cabourg, j’ai paumé les autres. A Toulon, j’ai adiré papiers, sous et beau portefeuille. A Tours, j’ai perdu du temps. A Pornic, j’ai oublié le pull bleu de Ninon. A Deauville, j’ai laissé mon plus beau parapluie à carreaux. A Beaujeu, là c’est moi qu’on a laissé. A Lyon, j’ai laissé passer une occasion de me taire. A Orléans, encore du temps ! A Bastia, je me suis perdue. A Bordeaux, j’ai égaré de splendides lunettes de mouche qui coûtaient un bras. A Sens, j’ai oublié mon caillou. A Nice, j’ai paumé mes chaussures. A Grenoble, j’ai laissé Juju. A Annecy, j’ai perdu l’Opinel de ma poche droite, celui de mes six ans.
Marseille me voilà, que voudras-tu de moi ?
La grande forme.
Apore ou l’Aposthème vantard.
Promettez-moi mes peines de rester tout-à-fait.
Tragédies incolores qui renâclent à croupir,
J’exulte et morigène vos pertes à mon creuset
J’exalte, immature, des relans de m’occire.
A la foi de vos gages et faveurs truculentes
Je montre profil bas, contemple mes souliers,
Essuie vos vifs usages de mes joues turgescentes
Le coeur sur les dents et l’âme agenouillée.
Promettez-moi mes gourds de fuir pour jamais.
Reprenez chevauchée et changez-moi d’épaule
Décoiffez-moi des ronces, défaites-moi de ma môle.
Brûler la lettre morte et ma propre géhenne
L’inconstance du vide que l’entêtement attise,
Prométhée cédez-moi cette seule accortise.
Karoutcho ! ©
Généralités d’itinéraires.
Il est remarquable que les préambules et introductions à bien des ouvrages, théoriques ou non, publiés comme le dicte les conventions éditoriales dans les premières pages à l’attention de quelques attentionnés lecteurs, soient presque toujours rédigés à la fin de celui-ci.
Remémoire des opinions communément admises desquelles combien fallut-il de labeur et de clairvoyance pour seulement s’extraire, exposition des enjeux et des limites du champ d’étude, justification systématique des postulats au moyen de la toute puissante interprétation d’un maître illustrement méconnu, humilité feinte enfin, en la démonstration d’érudition par la capacité à bâtir des ponts en dépit de la densité du corps documentaire qui s’offrait au sujet.
Par ce procédé, c’est paradoxalement sur une toile de fond presque conclusive que lecture débute, l’auteur témoignant surtout de son souci d’être parfaitement saisi dans toute la rectitude de son propos et par-dessus tout, de celui d’être pris pour ce qu’il se défend d’être.
Curieux, véritablement, que désormais les introductions s’apparentent davantage à des mises en garde qu’à une invitation à la lecture.
Des biques et des boucs
“L’un n’empêche pas l’autre”, qu’elle disait.
- Ceux qui partent près et ceux qui restent loin.
- Ceux qui amènent toujours quelque chose en arrivant et ceux qui oublient toujours quelque chose en partant.
- Ceux qui aiment toujours le plus et ceux qui aiment aussi mais toujours moins.
- Ceux qui veillent à ce que ce soit toujours plein et ceux qui attendent que ce soit vide pour remplir.
- Ceux qui perdent toujours tout et ceux qui ne trouvent jamais rien.
Par-delà Haut et Bas.
Au bas mot, comme de pisser dans le violon d’Ingres.
Mon inconnue familière,
Oh bien sûr, je pourrais t’écrire des vers en alexandrins bien rythmés ;
mais jamais ils ne sauraient te faire entendre le claquement du pas qui te manque.
Oh bien sûr, je pourrais te duper en édifiant quelque antalgique frelaté ;
mais la consolation ne peut naître que de la désolation, pas de sa dénégation.
Oh bien sûr, je pourrais faire vent de tes affres en te sifflant cet air de Bach ;
mais les mains froides qui claquent ton visage battent déjà l’air pour trop vicié.
Oh bien sûr, je pourrais tenter la reprise de notre pas de deux avec des pirouettes en rires fouettés ;
mais ce ne serait que la promesse de gagner la redite de te perdre encore.
Oh bien sûr, je pourrais vider ton carton à tristesses et tout flanquer à la rue, me désencombrer des mots et te sourire en silence…
Mais mes mots ne sont pas comme tes solaires à toi, qui disent les ombrées comme personne.
Ils ne sont pas bien sûrs ni bien mûrs mes mots.
Alors je soliloque et je ne crie pas, je t’écris muettement pour extraire, sortir de mon informulable un semblant de forme encodée en écho à la rumeur de tes jours malheureux qui m’entichent d’une peine labyrinthe.
Si nous sommes des îles en soi, alors je suis embarquée vers ton continent.
Tu piques mes yeux.
Je te touche du coeur, Marie.
Jacques a dit “vague” ; je divague aussi.
La Vague
Le flot des alchimies répand la chambre noire,
L’épreuve d’ondoyance tire des efforts obliques.
Vers des désirs liquides d’enluminer la moire
La vague enhardie gonfle son envergure,
Sa lumière au couteau d’une lame qui s’ignore
Esquive jusqu’à l’épaule, allonge sa couture.
Glisser la main de l’oeil sous la vague argentée,
Donner à boire au feu des gorgées chimériques
Qui avaleraient l’écho du profil terrassé
Sous le front éperdu l’âme en est enjambée
Le voile impromptu sur le dos déposé ;
La vague réfléchie, vague corset de l’âme,
La vague encore transie, corps sait son vague à l’âme.
