Jacques a dit “vague” ; je divague aussi.
La Vague
Le flot des alchimies répand la chambre noire,
L’épreuve d’ondoyance tire des efforts obliques.
Vers des désirs liquides d’enluminer la moire
La vague enhardie gonfle son envergure,
Sa lumière au couteau d’une lame qui s’ignore
Esquive jusqu’à l’épaule, allonge sa couture.
Glisser la main de l’oeil sous la vague argentée,
Donner à boire au feu des gorgées chimériques
Qui avaleraient l’écho du profil terrassé
Sous le front éperdu l’âme en est enjambée
Le voile impromptu sur le dos déposé ;
La vague réfléchie, vague corset de l’âme,
La vague encore transie, corps sait son vague à l’âme.
Aujourd’hui de merde comme un hier révolu.
Les sels arsenicaux.
En Danaé moderne dans l’airain de ma tour
Où j’estompais mes cernes, je gommais mes contours,
On m’a fait sa captive en mes pierres infiltrant
M’abandonna lascive et morte secrètement.
Le mois s’en est allé mais c’est moi qu’il quittait
Mon coeur sous son bras, brûlant, brûlé par lui
Piétinées mes vertus et mes délectations
Mes vanités perdues pleurant à l’unisson.
Je conviai des charognes pour me faire leur festin
Qu’elles tirent sur mes entrailles, éparpillent leur butin
Que leurs becs pointus fassent craquer ma chair
Et qu’elles ne laissent rien moins que pour nourrir les vers.
La terre sèche des vignes fourmillait d’araignées
Monstrueuses craintives, mordeuses contrariées,
Déchiqueter ma peau, sanguinoler mes yeux
Comme je les eusse aimé ces créatures de Dieu.
Je rêvai de mâchoires et des griffes acérées,
D’animaux mangeurs d’hommes qui eussent pu profiter
Dans la douce froidure par cet hiver manqué,
De mon corps de vingt ans assis à un bureau
Sans une moindre éraflure qui marquerait ma peau.
Mon supplice suppure
Ses sels arsenicaux.
Si j’osais…
Devoir de réécriture de la classe de troisième de ma soeur, sur le modèle et d’après le sujet du poème du même titre de Charles Baudelaire.
Le Mort joyeux
Ma rumeur empressée l’a fait venir à moi
Avec toutes ses rigueurs dont je l’ai affranchi
Elle s’est épanchée, dérogeant à sa loi,
J’entends presque le choeur entamant ses nénies1.
Me voilà installé dans mon costume de bois,
J’entends filer le temps et déjà me languis
De cette éternité que touche presque mon doigt,
Que j’ai troussé cent ans et qu’enfin j’ai cueilli.
Des menteurs sont venus escorter mon exil
Mes amis prétendus qui gâtent mon asile
Se bousculent derrière moi la figure malévole2
Tous en habits de messe, chargés de fleurs puantes,
Je fais fi de tout cela, me voir mort me console
J’entends les douces promesses de ma douce frivole.
1 nénies : chants funèbres dans la Rome antique.
2 malévole : synonyme de malveillant.
Liberté, j’écris ton nom sur mon séant.
Rage de cul passe mal aux dents ou comment la passion m’habite.
Vous me demandez ce que je fais dans votre dernière lettre ; je vous aime et me fais aimer.
Je vous dois le conte ma douce amie, de ma découverte de sensations que je n’avais pour jamais pu soupçonner et qui ont fait de moi une bienheureuse.
Vous vous souvenez sûrement de ce village voisin de notre château, dans lequel nous nous rendîmes toutes trois avec Mère lors de votre dernière visite pour y faire l’aumône à quelques pauvres villageois ? Eh bien figurez-vous que j’y retourne souvent accompagnée de Mère, laquelle s’est prise d’affection pour une vieille femme qui possède les doigts les mieux désignés pour l’ouvrage de la fine couture ; vous connaissez sa passion irraisonnée pour les riches tissus et les plus beaux atours, vous pouvez donc déduire combien de nouvelles toilettes elle convoite de faire réaliser…
Toujours est-il que son enthousiasme assouplit considérablement sa confiance en moi lorsqu’il est question de me rendre au village, où je suis désormais autorisée à aller escortée seulement de Léandre, notre bon vieux valet.
J’en viens enfin au propos de cette lettre.
Lors de l’une de mes visites, j’avais donné trois beaux sous à un jeune homme dont le regard m’avait troublé. Après avoir achevé de vider ma bourse et alors que je m’apprêtais à rentrer, il me poussa dans l’espace étroit de deux de petites maisons…
Je dois vous prévenir ma chère qu’il ne possède pas notre instruction ni même quelconque distinction, aussi son langage est vulgaire et ses manières déplacées. Cependant, il se dégage de lui un charme viril qui m’a soumise sans peine alors qu’il ouvrait déjà mon corsage.
Ses fortes mains de rustres devenaient sur ma gorge plus douces encore que la plus légère des soieries, tandis qu’elles pinçaient et semblaient se jouer de mes mamelons durcis dont il me jura qu’il en aimait la couleur. Je sentis bientôt ses doigts agacer le bouton de mon désir et profitai un temps de ce bonheur offert. Nos langues fourrées s’activant de plus belle, il me dit :
- “Faisons le cul M’zelle ! J’veux vous prendre le con et frotter mon lard à votre cul !”
Enivrée de la forte odeur de sa transpiration et par son haleine chaude, je me tournai vers le mur de pierres froides pour m’y appuyer. Docile, je lui offris l’espace entre mes cuisses pour le laisser tremper sa branche dans l’humidité de mon ventre. Quelle surprise fut la mienne lorsque je le sentis s’enfoncer dans mes reins ! Il agita longtemps et vigoureusement dans mon ventre son outil de plaisir et lorsque nous eûmes achevés chacun de prendre notre jouissance, je me promis que c’était là un lieu que jamais plus je n’ignorerai…
Je m’amuse depuis, grâce à la passion de Mère pour la charité et la frivolité, d’aller au cul comme je me rend aux jardins, c’est à dire avec son entière bénédiction ! Et quelle excitation de courir le loup-garou à l’heure où la nuit tombe…
Un autre jour, ce fut Monsieur du Vaux de la Montagne qui, alors que j’étais occupée au salon à vous écrire cette lettre dans laquelle je vous contais mon expérience des plaisirs solitaires, vint murmurer à mon oreille :
- “Mademoiselle, je voudrais être la mouche posée sur votre bouche… Ma foi, si vous sucez votre stylet comme vous taillez des plumes, je vous supplie de faire de moi un homme heureux en me faisant le vôtre.”
Était-ce une métaphore ou bien avais-je sottement trouvé ambiguïté où il point n’en résidait, alors que je suffoquai encore de l’emprise de mes fantasmes que je vous récitais ? Comme vous le savez bien, je n’ai jamais été très subtile lorsqu’il s’agit de saisir l’implicite, comme mon maître d’études me le rappelle souvent. Était-ce une façon maquillée de me souffler combien il aurait aimé que je le dépossède de sa liqueur virile ou bien était-il le poète j’avais cru toujours mériter ?
Je me rappelai alors de ce que me disait Mère il y a quelques jours :
-“Savez-vous Jeanne, qu’il vaudra toujours mieux de faire plus que moins au cours de votre vie ?”
Empêtrée dans mon doute, je jugeai donc préférable de me référer à Mère, qui avait toujours été pour moi de bon conseil.
-“Astiquez ma colonne de votre bouche ma chère. Je veux vous donner une bonne lampée !”, reprit-il.
Sentant qu’il était de mon désir d’aller explorer cet inconnu, je me baissai vers sa braguette toute battante de désir, relevai un fois les yeux vers lui et défis délicatement les boutons de sa culotte de coton pour enfin faire jour sur le fruit à la peau douce comme velours. Sa gaule agreste et légère après l’avoir étudié un instant, vint se frotter avec lenteur contre mes lèvres lippues ; mon festin érotique s’étira longuement par mon application à ménager entre mes vifs enfournements des instants de tendre lenteur, comme je crois qu’il est bon de le faire.
Sa fébrilité semblant au bout d’un moment atteindre son comble, il déversa par à-coups dans ma gorge la liqueur de son plaisir que je bus avec gourmandise.
Quelle étrange sensation ! Cela n’a rien à voir avec votre envie à vous que j’aime à boire aussi lors de nos secrètes parties…
Cet homme-là, je vous le dis tout net, est un fouteur d’envergure, un chaud de la pince dont je fis pourtant bien trop vite mon esclave et que je vous envoie porter cette lettre pour que vous puissiez vous-même en prendre la mesure…
Ma Camille ! Malgré toutes mes coquines aventures, les bonheurs de nos amours inverties me manquent et tout mon corps se languit de sacrifier encore à Vénus et Sapho nos après-midis las.
Hier encore, alors que je me promenais avec Mère dans le parc où je contemplais les bourgeons du printemps, je ne songeais qu’à vous. Cette nature renaissante ne m’évoquait rien d’autre que mon désir brûlant d’écarter de mes doigts l’écrin de votre corole pour en gober la perle.
Ô mon ange, comme votre corps me manque !
Je ne pense plus ces derniers jours qu’à le sculpter de mes mains que j’aimerais puissantes, errer dans vos oreilles de ma langue fébrile, palper de mes lèvres vos globes laiteux alourdis de mes baisers, sentir les flux de nos sangs converger vers ce seul endroit tout palpitant d’impatience, sentir de nouveau sur mes cuisses couler la chaleur de votre envie, vous contempler encore dans votre souplesse féline et m’abandonner à nos étreintes et à vos caresses qui dévastent mon coeur.
Enfin, entendre votre voix ânonner mon prénom dans l’ultime convulsion du bout de votre plaisir et vous aimer encore, toujours, sous le flot impétueux de notre passion.
Ô ma douce Camille, comme il me hâte de vous retrouver pour vous jurer mon amour plus librement que jamais et saisir de mes doigts le butin de votre corps !
Ces mots tracés au crayon s’effaceront peut-être, mais jamais les sentiments gravés dans mon coeur. Adieu ma douce ; tâchez de m’écrire.
Votre Jeanne.
Prière de ne pas s’asseoir. Peinture fraîche.
Avec Pup en 40, on aurait sûrement résisté. Mais aujourd’hui, on collabore.
Du fond et de la forme.
Comme le reconnaîtrait bien volontiers tout un chacun, j’affectionne tout particulièrement les commencements, introductions, préfaces, préambules et préliminaires de tous genres et précédemment à toute chose. C’est un fait.
Une fois n’est pas coutume, je m’abstiendrais nonobstant d’éparpiller ma prose à tire-larigot – mais seulement pour ce coup-ci – et vous laisse seuls sans note préalable regarder et lire ce calligramme.
Aude : (4+3) x 2 , Alexandre : un.
Le Mendiant échevelé.
Échouant dans mon wagon un vieux bougre puant
Pendant l’heure de pointe pisse sur lui publiquement,
Ralentit l’affluence des parisiens hâtés
Lorsque le liquide chaud menace de les toucher.
Le vide se fait vite le monde est répugné
Mais j’attends une chose qui me fait m’attarder,
Voir dans l’oeil mi-clos et morne de ce vieux
La grâce de la misère que soufflerait un dieu.
C’est donc lui la relève de la mendiante rousse
Qui pour l’heure à mes pieds gît tristement et tousse,
Mystérieuse figure, spectre parmi mes songes
A qui je veux donner le seul de mes baisers
Impétueux et grave, farouchement conservé,
Sur sa belle peau salie de la crasse de Paris.
