Liberté, j’écris ton nom sur mon séant.

Publié par Aude le 09 janvier 2007

Rage de cul passe mal aux dents ou comment la passion m’habite.

Vous me demandez ce que je fais dans votre dernière lettre ; je vous aime et me fais aimer.

Je vous dois le conte ma douce amie, de ma découverte de sensations que je n’avais pour jamais pu soupçonner et qui ont fait de moi une bienheureuse.

Vous vous souvenez sûrement de ce village voisin de notre château, dans lequel nous nous rendîmes toutes trois avec Mère lors de votre dernière visite pour y faire l’aumône à quelques pauvres villageois ? Eh bien figurez-vous que j’y retourne souvent accompagnée de Mère, laquelle s’est prise d’affection pour une vieille femme qui possède les doigts les mieux désignés pour l’ouvrage de la fine couture ; vous connaissez sa passion irraisonnée pour les riches tissus et les plus beaux atours, vous pouvez donc déduire combien de nouvelles toilettes elle convoite de faire réaliser…

Toujours est-il que son enthousiasme assouplit considérablement sa confiance en moi lorsqu’il est question de me rendre au village, où je suis désormais autorisée à aller escortée seulement de Léandre, notre bon vieux valet.

J’en viens enfin au propos de cette lettre.

Lors de l’une de mes visites, j’avais donné trois beaux sous à un jeune homme dont le regard m’avait troublé. Après avoir achevé de vider ma bourse et alors que je m’apprêtais à rentrer, il me poussa dans l’espace étroit de deux de petites maisons…

Je dois vous prévenir ma chère qu’il ne possède pas notre instruction ni même quelconque distinction, aussi son langage est vulgaire et ses manières déplacées. Cependant, il se dégage de lui un charme viril qui m’a soumise sans peine alors qu’il ouvrait déjà mon corsage.
Ses fortes mains de rustres devenaient sur ma gorge plus douces encore que la plus légère des soieries, tandis qu’elles pinçaient et semblaient se jouer de mes mamelons durcis dont il me jura qu’il en aimait la couleur. Je sentis bientôt ses doigts agacer le bouton de mon désir et profitai un temps de ce bonheur offert. Nos langues fourrées s’activant de plus belle, il me dit :

- “Faisons le cul M’zelle ! J’veux vous prendre le con et frotter mon lard à votre cul !”

Enivrée de la forte odeur de sa transpiration et par son haleine chaude, je me tournai vers le mur de pierres froides pour m’y appuyer. Docile, je lui offris l’espace entre mes cuisses pour le laisser tremper sa branche dans l’humidité de mon ventre. Quelle surprise fut la mienne lorsque je le sentis s’enfoncer dans mes reins ! Il agita longtemps et vigoureusement dans mon ventre son outil de plaisir et lorsque nous eûmes achevés chacun de prendre notre jouissance, je me promis que c’était là un lieu que jamais plus je n’ignorerai…

Je m’amuse depuis, grâce à la passion de Mère pour la charité et la frivolité, d’aller au cul comme je me rend aux jardins, c’est à dire avec son entière bénédiction ! Et quelle excitation de courir le loup-garou à l’heure où la nuit tombe…

Un autre jour, ce fut Monsieur du Vaux de la Montagne qui, alors que j’étais occupée au salon à vous écrire cette lettre dans laquelle je vous contais mon expérience des plaisirs solitaires, vint murmurer à mon oreille :

- “Mademoiselle, je voudrais être la mouche posée sur votre bouche… Ma foi, si vous sucez votre stylet comme vous taillez des plumes, je vous supplie de faire de moi un homme heureux en me faisant le vôtre.”

Était-ce une métaphore ou bien avais-je sottement trouvé ambiguïté où il point n’en résidait, alors que je suffoquai encore de l’emprise de mes fantasmes que je vous récitais ? Comme vous le savez bien, je n’ai jamais été très subtile lorsqu’il s’agit de saisir l’implicite, comme mon maître d’études me le rappelle souvent. Était-ce une façon maquillée de me souffler combien il aurait aimé que je le dépossède de sa liqueur virile ou bien était-il le poète j’avais cru toujours mériter ?
Je me rappelai alors de ce que me disait Mère il y a quelques jours :

-“Savez-vous Jeanne, qu’il vaudra toujours mieux de faire plus que moins au cours de votre vie ?”

Empêtrée dans mon doute, je jugeai donc préférable de me référer à Mère, qui avait toujours été pour moi de bon conseil.

-“Astiquez ma colonne de votre bouche ma chère. Je veux vous donner une bonne lampée !”, reprit-il.

Sentant qu’il était de mon désir d’aller explorer cet inconnu, je me baissai vers sa braguette toute battante de désir, relevai un fois les yeux vers lui et défis délicatement les boutons de sa culotte de coton pour enfin faire jour sur le fruit à la peau douce comme velours. Sa gaule agreste et légère après l’avoir étudié un instant, vint se frotter avec lenteur contre mes lèvres lippues ; mon festin érotique s’étira longuement par mon application à ménager entre mes vifs enfournements des instants de tendre lenteur, comme je crois qu’il est bon de le faire.
Sa fébrilité semblant au bout d’un moment atteindre son comble, il déversa par à-coups dans ma gorge la liqueur de son plaisir que je bus avec gourmandise.

Quelle étrange sensation ! Cela n’a rien à voir avec votre envie à vous que j’aime à boire aussi lors de nos secrètes parties…

Cet homme-là, je vous le dis tout net, est un fouteur d’envergure, un chaud de la pince dont je fis pourtant bien trop vite mon esclave et que je vous envoie porter cette lettre pour que vous puissiez vous-même en prendre la mesure…

Ma Camille ! Malgré toutes mes coquines aventures, les bonheurs de nos amours inverties me manquent et tout mon corps se languit de sacrifier encore à Vénus et Sapho nos après-midis las.

Hier encore, alors que je me promenais avec Mère dans le parc où je contemplais les bourgeons du printemps, je ne songeais qu’à vous. Cette nature renaissante ne m’évoquait rien d’autre que mon désir brûlant d’écarter de mes doigts l’écrin de votre corole pour en gober la perle.

Ô mon ange, comme votre corps me manque !

Je ne pense plus ces derniers jours qu’à le sculpter de mes mains que j’aimerais puissantes, errer dans vos oreilles de ma langue fébrile, palper de mes lèvres vos globes laiteux alourdis de mes baisers, sentir les flux de nos sangs converger vers ce seul endroit tout palpitant d’impatience, sentir de nouveau sur mes cuisses couler la chaleur de votre envie, vous contempler encore dans votre souplesse féline et m’abandonner à nos étreintes et à vos caresses qui dévastent mon coeur.
Enfin, entendre votre voix ânonner mon prénom dans l’ultime convulsion du bout de votre plaisir et vous aimer encore, toujours, sous le flot impétueux de notre passion.

Ô ma douce Camille, comme il me hâte de vous retrouver pour vous jurer mon amour plus librement que jamais et saisir de mes doigts le butin de votre corps !

Ces mots tracés au crayon s’effaceront peut-être, mais jamais les sentiments gravés dans mon coeur. Adieu ma douce ; tâchez de m’écrire.

Votre Jeanne.

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Commentaires

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  1. Joseph Pujol, Mercredi 10/01/07 à 00:47

    Ce texte est de la même étoffe que le velours aux plis tourmentés sur lequel s’épanche l’odalisque brune de ce débauché de Boucher. Frivoles et légers, les mots habillent d’un voile diaphane aussi bien qu’ils les chevauchent, les lignes tendues de vigueur coupable. Lire le désir à en devenir manchot, aimer à s’en rendre infirme, entre deux maux…queue choisit…

    P.S: pour que le bonheur fusse parfait, diantre que j’eusse aimé retrouver mes chères expressions désuettes telles que, entre autres, les “boire au “café des deux colonnes”, “avoir les talons courts”, “porter la bague au doigt”, “gamahucher” et en matière de littérature érotique le très à propos “foutre la muse” et j’en passe…

    …mais je suis décidemment bien trop gourmand.

  2. Aude, Mercredi 10/01/07 à 20:26

    Vous me flattez beaucoup (et Dieu sait combien je suis sensible à cela) mais pas ici de vie de sérail, de paravent chinois ou de plumes dans les cheveux comme chez cette inconnue en fesses ; et puis je dois vous dire que j’ai davantage été influencée par Cécile de Volange que par ce coquin de François…

    Et puis ne vous y trompez pas, je suis une gourmande d’expressions fleuries comme vous. Simplement à peine un peu plus frileuse semble-t-il.

    _Courir le guilledou_, _faire des fredaines_ (Madame de Genlis), _faire les yeux doux_ (Furetière, 1690), _proposer la botte_ (métaphore d’escrimeur) ou l’excellente _botte florentine_ (comme le vice italien se vit nommé par le XVII ème siècle et qui signifie selon Delvau, un “_enculage d’un homme ou d’une femme par allusion aux habitudes pédérastiques, vraies ou supposées, des habitants de Florence, une façon de Sodome_”), _avoir commerce charnel_, _faire la bête à deux dos_ (XV ème. N’est-ce pas remarquable ?), _voir la feuille à l’envers_ et j’en passe, il en a tant et de si savoureuses.

    (Lisez les plus scandaleuses dans la *_Messaline Française_*…)

    Je sais bien, _La gaule_ et le _sacrifice à Vénus_ sont anachroniques ici puisqu’ils ne datent que du XIX ème, mais j’ai pour cette fois délaissé mes ambitions scientifiques de vraisemblance en faveur du bon plaisir de mon caprice…

    Pour ce qui est de “votre réponse”:http://josephpujolnu.canalblog.com/archives/2006/02/22/1410595.html#comments à ma déclaration-requête, vous saviez bien que j’en serais un peu déçue, par la force des choses.
    Mais je suppose qu’il n’y a pas de quoi _casser trois plumes dans le cul d’un canard_…

    Je dois vous dire : *Joseph*, quand-même, *vous êtes quelqu’un.*

  3. cds, Jeudi 18/01/07 à 11:42

    Eh bien Mam’zelle Aude, ce matin je découvre avec plaisir votre blog et je peux vous dire que vous écrivez bien, remarquablement bien même…

  4. Ataraxie, Vendredi 19/01/07 à 21:27

    Mais pourquoi je lis tout avec 10 jours de retard moi ?!

  5. Aude, Samedi 20/01/07 à 00:28

    Et moi Christian (?), j’aime beaucoup votre ton ; j’ai adoré votre dernière “convocation à l’exégèse visuelle”:http://cdsonline.blog.lemonde.fr/2006/12/…

    (Très flattée)

    Ataraxie…

    Vraisemblablement parce que tu finissais de peaufiner le ton de voix et les déplacements scéniques et sublimement existentiels pour une pièce en un “acte unique”:http://instantdataraxie.canalblog.com/archives/2007/01/index.html, dont je crois pouvoir me flatter (encore, oui) d’en avoir été par un hasard heureux la première lectrice, pour mon plaisir non-dissimulé.

    Je ne vois pas d’autre explication.

    _(Et si tu veux, je te garde une place avec mon manteau…)_

  6. cds, Samedi 20/01/07 à 18:22

    Christian, oui, farpaitement ! Ce petit “décryptage” dont vous parlez (et dont je suis ravi qu’il vous ait plu : ) m’a valu de la part de quelques “amis” nombre de réactions affectées, car il semble que du “proto-sémiotique” au dénigrement politique il y a un pas que certains n’hésitent pas à franchir d’un coup d’un seul…
    Y a des fois, j’vous jure, je crois rêver ! Ou alors c’est les autres… :-D