Y a comme un goût.

Posted by Aude on janvier 29, 2007

De l’art de chausser sa chaussette sans fauter ou comment j’ai tout compris à Freud et toute la compagnie.

On nous apprend en y mettant un point d’honneur et beaucoup de sérieux, d’application et force de méthode de quelle manière accorder nos sacs à nos souliers, nos coiffures à nos décolletés, nos yeux à nos fards à paupières, nos talons à la taille de nos petits-amis et nos convictions avec celles du reste du monde. On signe des pétitions, on fait la grève, on manifeste quotidiennement notre mécontentement face à l’injustice, on s’insurge parfois, mais on se fout d’une royale manière du port de la chaussette. Personne ou presque ne semble s’en soucier et c’est un grand dommage.

Je prend donc ici voix au chapitre.

Les chaussettes sont des petits êtres de tiroirs, qui comme nos couverts, peuplent nos vies de discrète façon. Elles ne prennent pas plus de place que le pantalon trop petit que l’on ne remettra jamais mais sont pourtant jetées avec dédain, comme des vieilles ordures encombrantes que l’on ne touche qu’avec l’air répugné, du pouce et de l’index.

Et quelle réputation les précède ! Ne dit-on pas “jeter comme une vieille chaussette” , “s’en foutre comme de sa première paire de chaussettes” ou encore “boire du jus de chaussettes” lorsque l’on veut témoigner du mauvais goût d’une boisson en général et d’un mauvais café en particulier ? Autant d’expressions et locutions françaises qui travaillent contre la réputation déjà salie de la chaussette, malheureuse victime domestique.

Tentons une métaphore et admettons que Nous, êtres de raison, sommes un carrosse.

Il y a le Moi (ça, c’est vous), le Surmoi (les vêtements que vous portez), le Ça (les mauvais goûts innés que vous tentez de refouler), le Là (les bons goûts acquis que vous extériorisez) et enfin le Quoi (ça, c’est ce dont vous vous fichez).

La chaussette ne trouve de place que dans cette dernière désignation, reléguée au banc des parias et des méprisés, Quoi.

Vous l’aurez compris, la chaussette est la cinquième roue du carrosse, tout le monde s’accorde plus ou moins pour le dire en s’en foutant éperdument puisque nos poules sont somme toute assez bien gardées. Mais je pose la question, qu’advient-il lorsqu’un carrosse à cinq roues tente de circuler dans un poulailler ? Je vous le donne en mille : personne ne le sait parce que personne n’est assez malin pour s’en préoccuper.

Or, la chaussette, c’est un peu pareil personne n’est assez malin pour s’en préoccuper.

Une comparaison à présent, à point nommé.

Lorsque vous ouvrez un livre bien édité, le choix de la typographie, sa taille, l’espace entre les mots, les lignes, les lettres, la mise en rubrique des notes de lecture, etc, en bref toute la mise en page qui permet une lecture agréable, si elle est bien faite, est parfaitement invisible.
Les typographes et éditeurs qui font bien leur travail optimisent de cette manière notre lecture et tout leur labeur repose sur ce concept même d’insoupçonnabilité.

Ce sont des travailleurs de l’ombre pour de vrai, enchaînés à l’ingratitude de leur longue tâche au service de notre confort, ne récoltant en retour que les critiques d’insatisfaits notoires…
Même si vous n’êtes pas typophile ou amateur de belles éditions vous-même, le lien reste aisé car d’une certaine manière, les chaussettes sont aussi des typographes.
Elles se mettent en quatre – mais plus fréquemment par deux – et ne récoltent que notre ingratitude la plus nauséabonde, si je puis dire.
Pourtant, la chaussette est humble, la chaussette est toujours dans son assiette, la chaussette nous aime, elle ne nous demande rien. La chaussette, comme nos typographes, se fait oublier.

Les chaussettes sont de petites mères, le placenta de nos pieds qu’elles prennent soin de tenir au chaud, ce pied qui nous tient à la terre et duquel toute notre existence est foulée.

Bon. Tout cela n’est pas seulement un prétexte à des bavardages, c’est une presque prière. Je n’ai pas l’ambition d’éveiller les consciences mais simplement…

Nous ne changerons pas, alors faisons tout de même ensemble la promesse d’un monde sans chaussettes blanches et sans trous, portons les dorénavant avec discernement, créativité et par dessus tout, avec à propos.

Tous unis pour un monde sans chaussettes moches.

Et demain, une analyse furieusement détaillée et résolument critique des très sérieuses et non moins drôlatiques Mises en garde de Nintendo contre l’abus de jeu sur la Wii…

(Oui, je lis avec attention tout ce qui tombe sous ma main ; mais non, je n’écrirai pas vraiment ce billet.)

Le bruit fait la sieste, chut.

Posted by Aude on janvier 24, 2007

L’écho ensilencé

Un caillou silencieux tait le vase impudique

Des secrets hermétiques, la flagrance empierrée,

Elle berce mes idées ta rumeur monastique

Un lot de terres précieux ton silence altier.

Très bon anniversaire…

C’est pas la complexité qui m’étouffe.

Posted by Aude on janvier 22, 2007

Je suis rousse et binaire.

Comme de bien évidemment, je suis une fille simple qui dans la mesure du possible n’entrevoit les choses que sous un angle manichéen.

Ainsi le monde selon moi se divise en seulement deux catégories :

  • Ceux qui lisent les préfaces et ceux qui s’en foutent.
  • Ceux qui ont les clés et ceux qui les ont oublié.
  • Ceux qui boivent leur café après qu’ils se soient brossés les dents et ceux qui le prennent après.
  • Ceux qui lèchent les couvercles de pots de yaourt et ceux qui ne préfèrent pas.

Qui a été mordu par un serpent a peur d’un bout de ficelle.*

Posted by Aude on janvier 17, 2007

C

crêpingian, ne, n. – 1. Animal qui se cache pour mourir. Ex. Oiseau ou chat. 2. Ami qui a visiblement un problème mais qui refuse de dire lequel.

M

miaqoulial, ale, aux, adj. – Qui empêche son voisin de lit de ronfler intempestivement au moyen de sifflements, croassements, coups de coudes ou pincements. Ex. Un désarroi miaqoulial.

p

paiburtion, n. m. – Grand projet, élan altruiste ou ambition humanitaire au cas où on gagnerait au loto.

S

socrepingianisme, n. m. – Attitude relative au crêpingian.

U

ughuiliendre, v. – Tenir une conversation sur messagerie instantanée avec quelqu’un qui tape très lentement sur son clavier.

Z

zoutütgrahate, n. m. Technique dite de l’auto-enroulage dans la couverture, en prévention de vols nocturnes potentiels.

*Proverbe persan.

Jeunes et Dieux que pour toi

Posted by Zorro on janvier 17, 2007

Si j’osais…

Posted by Aude on janvier 13, 2007

Devoir de réécriture de la classe de troisième de ma soeur, sur le modèle et d’après le sujet du poème du même titre de Charles Baudelaire.

Le Mort joyeux

Ma rumeur empressée l’a fait venir à moi
Avec toutes ses rigueurs dont je l’ai affranchi
Elle s’est épanchée, dérogeant à sa loi,
J’entends presque le choeur entamant ses nénies1.

Me voilà installé dans mon costume de bois,
J’entends filer le temps et déjà me languis
De cette éternité que touche presque mon doigt,
Que j’ai troussé cent ans et qu’enfin j’ai cueilli.

Des menteurs sont venus escorter mon exil
Mes amis prétendus qui gâtent mon asile
Se bousculent derrière moi la figure malévole2

Tous en habits de messe, chargés de fleurs puantes,
Je fais fi de tout cela, me voir mort me console
J’entends les douces promesses de ma douce frivole.

1 nénies : chants funèbres dans la Rome antique.
2
malévole : synonyme de malveillant.

C’en est trop ! Je suis encore si jeune…

Posted by Aude on janvier 11, 2007

Hey toi ! Avec tes ailes et ton papillon ! Sors de ton trou, que je te fume

Après James Brown le 25 décembre de l’année passée, voilà que c’est Jean-Pierre Vernant qui rend sa vie.

Lorsque que j’étais enfant je lisais avec excitation la mythologie d’Edith Hamilton, depuis lors que je dois l’être moins, je lis avec admiration un peu de ce qu’écrivit Jean-Pierre Vernant.

Alors j’ai les boules.

(post-publication oblige)

Posted by Aude on janvier 09, 2007

Merde. J’arrive pas à croire que j’ai osé faire ça…

Lettre ouverte attrapée par la queue, montrée à ces Messieurs.

Posted by Aude on janvier 09, 2007

Pour ceux qui ne comprendront rien, allez .

Un mot d’abord.

En jeune fille de bonne famille que je suis, soucieuse des moeurs bourgeoises et ampoulées sous le murmure desquelles on s’est escrimé à me faire ployer tant et si bien que je n’aspire plus désormais qu’à ce qu’on m’ait partout en odeur de sainteté, parler ainsi à la cantonade alors que je m’adresse à vous tout particulièrement me chagrinait.
Je craignais, par ces lavages de linges malodorants, de m’attirer – en plus de celles de Monsieur Pujol – les foudres de notre hôte jusqu’ici débonnaire dont nous sommes les heureux hôtes, j’ai nommé Ataraxie. Je serais en effet bien en peine de lui déplaire par ces incessants règlements de comptes rendus sur la place privée de son espace public, ou bien l’inverse qu’en sais-je…

Et puisqu’il existe un flottement du sens dans cette fausse symétrie des “hôtes”, je m’emploie à rétablir une certaine clarté en me faisant ici votre hôtesse.
Voilà qui aura été dit.

Cher Mix,

Je t’en prie pas d’excuses, de justifications, de plaintes ou d’apitoiements. Je me sens somme toute assez armée pour en découdre s’il le faut avec ces attaques pujoliennes cinglantes. Je crois d’ailleurs que ma névrotique propension àne me sentir d’affection que pour ceux qui me malmènent atteint ici son comble avec ce Joseph-là…

J’en parlerai à ma prochaine séance.

Et puis ta remarque n’était pas tant critique, elle pointait plutôt avec justesse l’irrectitude – passe-moi ça – de mon orthographe. Donc, ni remords ni regrets, je t’en prie.

En outre, comme je l’ai souvent pensé sans l’avoir jamais formellement énoncé, je n’ai guère le sentiment d’être comprise et de la même manière, je n’ai que très rarement la conviction de saisir ce que l’altérité me laisse à voir d’elle, tout juste peut-être parfois d’en effleurer la surface… Comme condamnée à un supplice tout tantalien, lequel se meurt de soif et de faim tandis que le nécessaire s’offre à son regard sans qu’il puisse jamais l’atteindre, je descend sans cesse ma pente pour me saisir du sens des mots des Autres et remonte encombrée de ces familiers dont les sens singuliers m’échappent finalement une fois revenue à mon sommet.

Comme tu peux le déduire au travers de cette petite digression, jugeant assez médiocrement ma compréhension de l’altérité, j’envisage la politesse et la courtoisie comme une espèce de dernier bastion – certes artificiel – d’une écoute réciproque, reposant simplement sur un code dont il n’est exigé pour le comprendre que d’en posséder une grille de lecture.

Ainsi, je sais apprécier pour beaucoup la courtoisie dont tu fais montre en prenant la peine de m’écrire tes inquiétudes. Merci d’être si délicat.

Cher Joseph,

J’ai sous mon coude un Oscar Wilde belge personnel très au fait de ce qu’il s’est et se dit en matière d’anthropologie, qui m’a lu il y a peu la réponse faite par Deleuze [1] au jeune critique moins sournois qu’indélicat auquel il avait accordé un entretien. Or, tant de simplicité, de clarté et de concision de concert dans l’exposition de ses arguments m’encouragent à adopter profil bas et à me taire.
Mais je ne suis pas Gilles Deleuze, je suis incapable de me résister, je vous réponds donc.

Et quel bonheur d’abord d’avoir à vous répondre ! Comme il m’a plu de l’écrire sur votre blog mort-né, votre plume puissante n’est pas pour me déplaire et je regrette encore une fois que vous ne l’employiez pas au traitement de sujets qui vous seraient propres. Je m’enorgueillis donc de cet intérêt et de l’insistance, dont j’aime à croire qu’ils sont particulier, que vous portez à me reprendre.

Pour continuer de filer la métaphore historique que vous entamâtes avec Waterloo et Bernard Pivot, je dois vous dire que je vous trouve moins pujolien qu’hugolien et que je me sens comme Napoléon III, – comprend qui veut. –
Mais si le moustachu fut mou du genoux pour rétorquer, j’ai pour ma part appris de ses erreurs.

Votre erreur à vous n’aura été que de laisser filtrer votre trop grande perméabilité à certains mots évocateurs et c’est précisément de cette arme dont je vais abuser puisque je n’obéis presque jamais à ce que l’on me somme de faire.

Comme le disait le père d’un homme que j’admire beaucoup, “ce qui se conçoit bien s’énonce clairement”.
Donc, je donne voix pour ma défense au chapitre de l’Arlequin dégvergondé pour disposer d’un contexte valable et vous écrire de tout mon saoul les cochonneries que vous dites craindre, dans ce que je tente de faire passer pour le langage fleuri du XVIII ème siècle…

Joseph, tremblez !

[1] En préface à ses Pourparlers. (?)

Liberté, j’écris ton nom sur mon séant.

Posted by Aude on janvier 09, 2007

Rage de cul passe mal aux dents ou comment la passion m’habite.

Vous me demandez ce que je fais dans votre dernière lettre ; je vous aime et me fais aimer.

Je vous dois le conte ma douce amie, de ma découverte de sensations que je n’avais pour jamais pu soupçonner et qui ont fait de moi une bienheureuse.

Vous vous souvenez sûrement de ce village voisin de notre château, dans lequel nous nous rendîmes toutes trois avec Mère lors de votre dernière visite pour y faire l’aumône à quelques pauvres villageois ? Eh bien figurez-vous que j’y retourne souvent accompagnée de Mère, laquelle s’est prise d’affection pour une vieille femme qui possède les doigts les mieux désignés pour l’ouvrage de la fine couture ; vous connaissez sa passion irraisonnée pour les riches tissus et les plus beaux atours, vous pouvez donc déduire combien de nouvelles toilettes elle convoite de faire réaliser…

Toujours est-il que son enthousiasme assouplit considérablement sa confiance en moi lorsqu’il est question de me rendre au village, où je suis désormais autorisée à aller escortée seulement de Léandre, notre bon vieux valet.

J’en viens enfin au propos de cette lettre.

Lors de l’une de mes visites, j’avais donné trois beaux sous à un jeune homme dont le regard m’avait troublé. Après avoir achevé de vider ma bourse et alors que je m’apprêtais à rentrer, il me poussa dans l’espace étroit de deux de petites maisons…

Je dois vous prévenir ma chère qu’il ne possède pas notre instruction ni même quelconque distinction, aussi son langage est vulgaire et ses manières déplacées. Cependant, il se dégage de lui un charme viril qui m’a soumise sans peine alors qu’il ouvrait déjà mon corsage.
Ses fortes mains de rustres devenaient sur ma gorge plus douces encore que la plus légère des soieries, tandis qu’elles pinçaient et semblaient se jouer de mes mamelons durcis dont il me jura qu’il en aimait la couleur. Je sentis bientôt ses doigts agacer le bouton de mon désir et profitai un temps de ce bonheur offert. Nos langues fourrées s’activant de plus belle, il me dit :

- “Faisons le cul M’zelle ! J’veux vous prendre le con et frotter mon lard à votre cul !”

Enivrée de la forte odeur de sa transpiration et par son haleine chaude, je me tournai vers le mur de pierres froides pour m’y appuyer. Docile, je lui offris l’espace entre mes cuisses pour le laisser tremper sa branche dans l’humidité de mon ventre. Quelle surprise fut la mienne lorsque je le sentis s’enfoncer dans mes reins ! Il agita longtemps et vigoureusement dans mon ventre son outil de plaisir et lorsque nous eûmes achevés chacun de prendre notre jouissance, je me promis que c’était là un lieu que jamais plus je n’ignorerai…

Je m’amuse depuis, grâce à la passion de Mère pour la charité et la frivolité, d’aller au cul comme je me rend aux jardins, c’est à dire avec son entière bénédiction ! Et quelle excitation de courir le loup-garou à l’heure où la nuit tombe…

Un autre jour, ce fut Monsieur du Vaux de la Montagne qui, alors que j’étais occupée au salon à vous écrire cette lettre dans laquelle je vous contais mon expérience des plaisirs solitaires, vint murmurer à mon oreille :

- “Mademoiselle, je voudrais être la mouche posée sur votre bouche… Ma foi, si vous sucez votre stylet comme vous taillez des plumes, je vous supplie de faire de moi un homme heureux en me faisant le vôtre.”

Était-ce une métaphore ou bien avais-je sottement trouvé ambiguïté où il point n’en résidait, alors que je suffoquai encore de l’emprise de mes fantasmes que je vous récitais ? Comme vous le savez bien, je n’ai jamais été très subtile lorsqu’il s’agit de saisir l’implicite, comme mon maître d’études me le rappelle souvent. Était-ce une façon maquillée de me souffler combien il aurait aimé que je le dépossède de sa liqueur virile ou bien était-il le poète j’avais cru toujours mériter ?
Je me rappelai alors de ce que me disait Mère il y a quelques jours :

-“Savez-vous Jeanne, qu’il vaudra toujours mieux de faire plus que moins au cours de votre vie ?”

Empêtrée dans mon doute, je jugeai donc préférable de me référer à Mère, qui avait toujours été pour moi de bon conseil.

-“Astiquez ma colonne de votre bouche ma chère. Je veux vous donner une bonne lampée !”, reprit-il.

Sentant qu’il était de mon désir d’aller explorer cet inconnu, je me baissai vers sa braguette toute battante de désir, relevai un fois les yeux vers lui et défis délicatement les boutons de sa culotte de coton pour enfin faire jour sur le fruit à la peau douce comme velours. Sa gaule agreste et légère après l’avoir étudié un instant, vint se frotter avec lenteur contre mes lèvres lippues ; mon festin érotique s’étira longuement par mon application à ménager entre mes vifs enfournements des instants de tendre lenteur, comme je crois qu’il est bon de le faire.
Sa fébrilité semblant au bout d’un moment atteindre son comble, il déversa par à-coups dans ma gorge la liqueur de son plaisir que je bus avec gourmandise.

Quelle étrange sensation ! Cela n’a rien à voir avec votre envie à vous que j’aime à boire aussi lors de nos secrètes parties…

Cet homme-là, je vous le dis tout net, est un fouteur d’envergure, un chaud de la pince dont je fis pourtant bien trop vite mon esclave et que je vous envoie porter cette lettre pour que vous puissiez vous-même en prendre la mesure…

Ma Camille ! Malgré toutes mes coquines aventures, les bonheurs de nos amours inverties me manquent et tout mon corps se languit de sacrifier encore à Vénus et Sapho nos après-midis las.

Hier encore, alors que je me promenais avec Mère dans le parc où je contemplais les bourgeons du printemps, je ne songeais qu’à vous. Cette nature renaissante ne m’évoquait rien d’autre que mon désir brûlant d’écarter de mes doigts l’écrin de votre corole pour en gober la perle.

Ô mon ange, comme votre corps me manque !

Je ne pense plus ces derniers jours qu’à le sculpter de mes mains que j’aimerais puissantes, errer dans vos oreilles de ma langue fébrile, palper de mes lèvres vos globes laiteux alourdis de mes baisers, sentir les flux de nos sangs converger vers ce seul endroit tout palpitant d’impatience, sentir de nouveau sur mes cuisses couler la chaleur de votre envie, vous contempler encore dans votre souplesse féline et m’abandonner à nos étreintes et à vos caresses qui dévastent mon coeur.
Enfin, entendre votre voix ânonner mon prénom dans l’ultime convulsion du bout de votre plaisir et vous aimer encore, toujours, sous le flot impétueux de notre passion.

Ô ma douce Camille, comme il me hâte de vous retrouver pour vous jurer mon amour plus librement que jamais et saisir de mes doigts le butin de votre corps !

Ces mots tracés au crayon s’effaceront peut-être, mais jamais les sentiments gravés dans mon coeur. Adieu ma douce ; tâchez de m’écrire.

Votre Jeanne.