Qui est la vôtre ?

Publié par Aude le 23 septembre 2006

Nous avons tous dans notre entourage plus ou moins proche, parmi notre foule de potes, de cousins et de cousines, d’oncles et de tantes, de vieux amis de la famille ou de connaissances mondaines, nous avons tous disais-je, à l’intérieur de notre réseau quelqu’un qui la ramène en toutes occasions. Non pas que cette personne soit tellement désagréable, hautaine ni même inintéressante, mais dès qu’une conversation le lui permet, elle ne répond plus d’elle et envahit l’espace du dialogue en ramenant de manière systématique sa science, soigneusement illustrée de références plus ou moins obscures, plus ou moins en substance, sans qu’il ne soit plus possible de l’arrêter tant elle a de choses à dire lorsqu’il s’agit de ses domaines de prédilection. Sur un ton monotone et didactique, se répétant souvent et quêtant moult exemples pour s’assurer d’être bien comprise de tous, elle corrige les erreurs de français de ses interlocuteurs sur un registre un peu trop professoral, ajoute toujours un mot pour préciser les explications des autres comme pour les valider de son acquiescement et naturellement, s’insurge vigoureusement contre le langage des SMS vraisemblablement en passe de faire son entrée dans nos dictionnaires. En toutes circonstances, elle s’escrime littéralement à montrer combien elle en sait.

Si nous avons eu les mêmes lectures de prime jeunesse, vous devez tous avoir en tête en lisant ces dernières lignes, le personnage d’Agnan dans Le Petit Nicolas de Sempé, détestable chouchou de la maîtresse, toujours premier en composition, sale petit porteur de lunettes intouchable et horrible cafard de surcroît. Que de sentiments équivoques et paradoxaux nous nourrissions à l’égard d’Agnan, dont nous enviions les acquis d’arithmétique et les rudiments d’anglais, l’intelligence et la soif d’apprendre, alors que dans le même temps nous le traitions de ringard rabat-joie, le détestions et nous moquions de lui lorsqu’il repassait ses leçons durant les récréations, se faisait taper dessus par Eudes en dépit de son port de lunettes, se laissait voir sous le jour d’un sale rapporteur parfaitement désolidarisé de la condition des moins favorisés sur le plan scolaire - je pense à Clotaire -, ou encore lorsqu’il se montrait trop pointilleux sur l’utilisation et le bon entretien de sa précieuse boîte de chimie.
Si vous n’avez pas eu le bonheur de lire ces petits chefs-d’oeuvre parce que vous préfériez à cette époque regarder Les Chevaliers du Zodiac, je suis toutefois certaine que vous connaissez un personnage de semblable envergure, et que vous souriez à cet instant en y songeant…

Et bien moi j’en suis.
Oui, j’ai été une “Madame-je-sais-tout” pendant toute la période de l’école maternelle et primaire jusqu’au collège. C’était moi que l’on désignait souvent pour surveiller la classe pendant que le professeur s’absentait, mes enseignants lisaient parfois mes travaux en classe et les citaient en exemples à suivre, j’ai été la chouchoute de tous mes professeurs de français jusqu’à la fac, et après avoir les avoir tous harcelé dès la cinquième parce que j’exigeais de commencer la philosophie, je tentais en terminale d’initier pendant l’heure du déjeuner quelques âmes soucieuses de leurs résultats et esprits insensibles, à la beauté subtile de la pensée kantienne ou du style aristotélicien.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, je n’ai été la première de la classe seulement jusqu’au CM2 - par la suite, j’ai décidé de ne plus m’intéresser qu’aux arts, à la littérature et à l’histoire, ce que je proscris vivement aujourd’hui -, et a contrario de notre cher Agnan, je ne fus pas de ceux qui mettent leurs coudes ou un livre ouvert debout sur la table, dans le but mesquin de dissimuler leurs copies et d’anéantir ainsi tout espoir pour leur voisin de s’inspirer plus ou moins copieusement de leurs travaux. Non, moi je faisais passer mes exercices de grammaire et de conjugaison à mes copains nuls comme me l’avait recommandé mon père, qui lorsqu’il était enfant, avait inventé avec ses camarades de classe l’inexplicablement méconnu “Téléphérique”, qui fut une sorte de corde tendue reliant les pupitres d’une même rangée, et sur laquelle tous ou presque posaient leurs copies, acheminées ensuite par le dernier de la rangée lorsqu’il actionnait le “Téléphérique” en tirant sur la corde. Ces enfants furent en somme les penseurs géniaux d’une pensée parallèle au système communiste, mais motivés par des ambitions individualistes et c’est bien là une chose assez désopilante pour que je vous la conte, n’est-ce pas ?
Je fus donc une horrible “Je-sais-tout” mais comme vous l’avez constaté, je n’en fus pas méprisable pour autant.

Mes amis - des gens très bien, très cultivés dans leurs domaines respectifs, intelligents et même brillants pour certains, bref tous très sympathiques - subissent depuis longtemps déjà mes longs monologues et cheminements de pensées alambiqués auxquels je suis seule à trouver une logique certaine ou une certaine logique. Or, s’ils se montraient polis et soucieux de ne pas me mettre dans l’embarras au début, ils n’hésitent plus à présent lorsque je fais état de mes maigres connaissances, à feindre de m’écouter en ponctuant parfois leur ennui d’un hochement de tête en guise d’acquiescement pour les plus délicats, à lever les yeux aux ciel ou à faire mine de s’occuper d’autre chose pour d’autres, ou encore de me dire en soupirant de me détendre - “Pète un coup et lâche-toi !” en fait, mais je n’apprécie guère cette métaphore laxative - et de passer la bouteille de ce bordeaux sorti de derrière les fagots s’il-me-plaît…

Ainsi pour mon anniversaire, ils m’offrirent deux présents : un pour moi et un pour eux. Je reçus dans un premier temps une sérigraphie originale d’Adami à l’effigie de Freud, que j’aime tellement que je crains de l’accrocher - elle pourrait être déchirée de façon accidentelle, s’abimer par la lumière ou jaunir par la fumée de mes cigarettes -, et dans un second temps, Pierre m’a fait découvrir l’encyclopédie en ligne Wikipédia et m’a ouvert un compte au nom flatteur d’Eaudesource - jeu de mot avec mon prénom que j’affectionne tout particulièrement - pour que je puisse enfin disposer d’un espace où il est non seulement permis mais même vivement recommandé de ramener sa fraise à tout bout de champ. Mon Eldorado.

Je pouvais à ma guise en apprendre sur absolument tout, ajouter des précisions à un article incomplet, refaire une mise en page approximative, corriger des erreurs ou des imprécisions, et tout cela en justifiant mon intervention par une explication du pourquoi du parce que en bonne et due forme. Mon despotisme orthographique exultait et s’exaltait de tout son saoul…

Mais non contente de corriger des articles que d’autres avaient écrit, mon amour-propre exigeait de devenir auteur. J’ai ainsi rédigé quelques articles traitant de l’art moderne et d’autres à propos de la mythologie, tant et si bien qu’alors que je commençais à me sentir à l’aise dans cet étrange univers, un spécimen bien supérieurement orgueilleux à moi se mit à suivre tous mes articles et à en amputer de ses corrections la plupart, lorsqu’il ne les supprimait pas sans vergogne. Il a été mon Aude à moi, plus audien encore que moi… D’ailleurs en passant, Bibi Saint Pol si tu me lis, tu as gâté mon paradis et je t’emmerde.
Après quelques infructueux nouveaux essais, je décidai que Wikipédia était trop petit pour nous deux et me retirai donc devant la suprématie de cet bête de correction qu’il fut. Quelle amère déception ais-je ressenti.

Voici que Pierre m’ouvre ce blog comme un palliatif, mais je tiens à vous rassurer par ce premier billet et vous dire que je ne veux pas disposer de cet espace pour ennuyer les bonnes gens qui viendront peut-être me lire. Il y a dans ma tête des tas de conneries qui ne demandent qu’à s’extraire, et c’est ici que je vais tenter de les canaliser et de leur donner une forme acceptable, peut-être même drôle si j’y parviens avec le concours des pétillants esprits qui m’entourent.

C’est à présent la fin de ce texte qui encore une fois a traîné en longueur alors je remercie et j’applaudis avec enthousiasme ceux qui m’ont lu dans ma totalité.
Simplement pour vous dire, voilà je suis Aude, mais je me soigne.

Trackbacks

Les trackbacks sont fermés.

Commentaires

Les commentaires sont fermés.

  1. Christian, Mardi 23/01/07 à 16:45

    Voici donc le message originel… Tout est contenu dans les débuts dit-on… Très prometteur ! Vous avez du talent Mam’zelle Aude. Go on ! ;-)

  2. Aude, Mercredi 24/01/07 à 01:10

    Hou hou !!!

    Ne le dites pas trop ou bien je vais finir par parler de moi à la troisième personne et ma foi, je suis déjà assez insupportable !

    Mais merci…