Blanche Noël

Publié par Aude le 22 décembre 2008

Du jour où il lui demanda : “Pourrais-je vous embrasser ?”, elle su qu’elle devrait payer la prime à son impression d’existence.
Mais elle était amoureuse. Elle se disait : “Le monde qu’il porte au-dedans de lui ressemble tellement peu au monde véritable, que je pourrais renier l’autre seulement en imprécations !” Et ce fut au point de seize ans d’une vie menée à la baguette des fées qu’elle décida de retarder l’avenir comme on rirait d’un chef-d’œuvre.
À cet âge pourtant, l’anémie des sentiments ne se prépare pas, et frappée d’une tranquillité malade elle se demanda pourquoi.
Quand une question faisande, soit on meurt soit on la fait mourir. Est-il quelqu’un qui vive de sa plainte ? Le temps n’a personne à plaindre. Est-il quelqu’un qui vive sans un mot ? Personne n’est expert-silencieux.
Folie ! Extravagance ! Brouille ! Malentendu !

Il y avait une grande montagne

Publié par Pauline le 08 septembre 2008

Il y a une grande montagne.

Elle a plusieurs sommets.

Sur chaque sommet il y a un petit village.

Dans chaque village il y a des complexes de ferme.

Les gens élèvent des poules, des vaches et des moutons.

Il y a souvent de la neige. Il fait très froid.

Il y a des vieilles usines désaffectées dans la région.

Les gens qui vivent ici n’ont pas tous un emploi.

Certains vivent de la chasse.

Quand les fermiers s’aventurent à l’extérieur de leur maison, ils déposent dans la neige la trace de leur passage.

Il y a aussi des petites traces de pattes de poules. C’est très joli, très délicat.

Les tissus qui pendent sur les étendoirs sont figés par le gel.

C’est presque tout le temps l’hiver sauf quelques jours par an.

Ces jours-là, c’est le printemps et les fermiers vont au parc.

Pour s’y rendre, il doivent emprunter des chemins sinueux.

Plus ils s’en approchent, plus ils sont heureux.

Et ils ont peu à peu le sentiment de se couper du monde, d’aller dans un endroit sans trop de problèmes.

Une passerose noire pousse tranquillement près du portail en fer forgé. Chaque jour elle devient un peu plus haute.

Ils profitent des choses belles et naissantes qu’offre le printemps.

Ils hument le mimosas.

Ils regardent voler les papillons. Ils écoutent le bruit de la cascade.

Le papillon est un insecte volant dont les ailes sont couvertes d’écailles fines comme de la poussière.

Les parterres de fleurs sont très réussis.

Il y a des coquelicots, des giroflées, des pâquerettes roses, des dahlias nains et des pensées.

En rentrant dans ce jardin, on se condamne à vouloir y revenir toujours.

J’aime m’imaginer que ce jardin est ouvert toute l’année.

Je rêve qu’il contient une vaste volière.

Elle a une forme encore jamais vue pour une cage à oiseaux : elle est ennéagonale.

Elle a une capacité hors du commun, pouvant accueillir près de mille résidents.

Les oiseaux sont tous ornés de belles couleurs et la plupart sont bons chanteurs.

Ils construisent des nids perfectionnés un peu partout.

Si les papillons chantaient, ils auraient des voix de passerines.

Leur chant sonore serait envoûtant comme celui des sirènes.

Les petites boules velues du mimosa fascinent.

Les mouches volent en silence. Il y en a une qui se pose près de moi. Je feins d’être une statue pour ne pas l’effrayer.

Je la regarde. Je la trouve étrange.

Il y a des fleurs très belles. Ce sont des coquelicots roses fluos. On dirait qu’ils vont mourir tout le temps.

Il y a un papillon de la couleur des pavots. Lui aussi a l’air fragile. J’espère qu’il ne va pas encore faner.

Le petit chat me suit dans les allées. C’est un agréable compagnon qui sait respecter le silence auquel j’aspire.

La mouche avance elle aussi. Elle a pris place sur le dos du chaton comme un cavalier sur un cheval.

Une abeille butine un pavot. C’est beau.

L’odeur du mimosa est capiteuse, elle enveloppe le jardin.

C’est un arbre immense, on n’en voit pas le sommet.

Les fleurs des mimosas sont comme des tout tout petits poussins muets et immobiles.

Elles ont l’air d’être douces.

Mais si on les touche elles tombent in medias res et n’existent plus.

J’ai vu un cerisier qui avait au moins cent fleurs roses.

Je compte ses fleurs.

C’est une entreprise impossible.

Je voudrais savoir combien de fleurs ont poussées sur le mimosa.

Et de toutes, j’aimerais connaître la plus odorante.

Chacune de ces fleurs a l’air fragile. Certaines sont tombées.

À bien y réfléchir, l’arbre aux cent fleurs doit plutôt en avoir des milliers.

Et ces milliers de fleurs vont tomber et disparaître.

Quand je serai triste, je penserai à elles et cela me rendra joyeuse. Pourtant, elles seront mortes.

Cela m’évoque le petit chat.

Un jour, en me levant, je ne l’avais pas vu, j’ai écrasé le petit chat.

Les salades sont si belles.

Mais elles ont l’air si compliquées.

Elles poussent près de la marre.

La marre abrite des animaux dangereux.

Il y a des poissons osseux de couleur bleu acier.

Il y a des crabes aux pinces acérées.

Nous devrions les remplacer par des choses plus douces.

On mettrait des nénuphars, des algues et des lentilles d’eau.

Et pourquoi ne mettrions-nous pas des poissons rouges aussi ?

Comme le jardin se reflète dans la marre, c’est comme s’il existait deux fois.

Les lentilles d’eau se sont développées à une vitesse éclair. Cela sous l’action du soleil paraît-il.

Je voudrai aussi parler de la petite cabane.

Ses volets sont blancs.

Devant, il y a le gardien. Il lit un livre en silence.

Il salue chaleureusement les gens qui passent devant lui.

Parfois il offre un café à ceux qui en veulent. Sinon il nourrit les animaux, arrose les plantes et soigne la mousse.

Tous les jours, pendant au moins cinq minutes, je m’assoie sur le banc.

Je regarde la mousse se développer sur des cailloux.

Je pense qu’à force de l’observer, je réussirai à en faire pousser en moi.

Je serai un peu verte de l’intérieur.

Un jour, il y aura une explosion de fleurs au fond du jardin.

Cela sera comme une coda.
Cela sera magnifique.

… et un peu plus loin du parc…

Publié par Pauline le 08 septembre 2008

Un peu plus loin du parc il y a un endroit qui n’est pas beau et qui est mal aimé en partie à cause de cela.

Son sol hydrophile aspire la pluie des nuages, ce qui fait qu’il y pleut toujours. Les substances liquides ne sont que partiellement digérées, car ce sol attire plus d’eau qu’il ne peut en boire.

Il régurgite souvent une partie de ce qu’il a avalé précédemment et cela provoque de terribles inondations.

C’est surtout de cette manière que son système nerveux, ses muscles et son appareil digestif restent actifs et qu’ils sont irrigués de sang.

Il faut vraiment faire attention dans cette zone. D’autant qu’elle ne peut pas être gardée puisque sa superficie est variable et qu’elle se déplace à très grande vitesse.

Le parc

Publié par Pauline le 08 septembre 2008

Ce serait merveilleux d’avoir un parc vaste et vallonné en forme de phoque(s). Non ?

Tout autour du parc, il y aurait des sentinelles. Elles seraient postées pour prévenir toute intrusion.

On pourrait facilement les reconnaître grâce à leur badge.

Ce serait des badges ouvragés.

De très belle exécution, ils garantiraient un ajustement à la fois original et modeste. Ils seraient d’une sobre élégance sur un revers foncé.

Remerciements

Publié par Pauline le 08 septembre 2008

Je voulais bien commencer par des remerciements.

Mais pour des raisons techniques, ces remerciements sont remis à plus tard.

Je suis désolée. Il faudra repasser (mais ça vaudra le coup !).

En attendant, je vais poster autre chose.

Madeleine

Publié par Aude le 05 septembre 2008

À la faveur d’une doctrine du sublime, Madeleine voulut frapper son temps et déployer des phrases à la dimension des siècles, mais sa folie rendue sage par dilution dans trop d’ordonnance n’avait eu pour le monde que la vertu d’un stimulant.
Fut-ce contre l’adversité des choses ou l’inertie des circonstances, reste qu’à la prépondérance de l’aléatoire elle en vint tout de même à être appréciée, et jusqu’à l’épreuve du contraire elle porta bien le chapeau. Traitant sa peau au riz, l’acné du génie suppurant au cœur, elle cousait son triomphe au fil accidenté, toute organiquement née pour écrire qu’elle était.
Au moins avait-elle l’élégance d’être laide.
À raconter des histoires pour jouer la sienne, elle ne regardait même plus les devis avant de copier d’après nature. Mais les princes ne sont pas faits pour qu’on s’y pende ni les crapauds pour qu’on s’y penche, et aux temps venus des persécutions de l’âge, couverte des postillons du monde, reniée, Madeleine se ravalant elle-même vit que sa vie n’avait été que des moments de rien. Alors elle cabriola, valdingua, et se tailla avec Opiniâtre pour un autre moulin à vent.

- “Je meurs virtuose de rendre la mort comique et la tragédie sans majesté”, dit-elle en partant.

- “À vos souhaits”, lui répondit le bourreau.

Violaine

Publié par Aude le 16 décembre 2007

Niée des circonstances et des patineurs des eaux, Violaine s’était dressée à goûter d’un trait l’écume des refus du vent dépris d’érythisme et n’en trouvait même plus Hitler dans son coeur. Elle était mythologique mais n’en éprouvait rien, chantant des cantilènes pour les distraits quand leur bateau était déjà passé, n’ayant de ses origines que les pieds de famille. Toutes les pluies, à regarder en face le convoi évidé de sa félicité et composant raisons bagatelles pour se réveiller la nuit, elle faisait pleurer d’ennui même les Malentendus.
L’élévation au couchant à l’éboulis des longueurs, à cessation du bail emphytéotique de son rocher, ses ruses éventées et sa voix enrouée, c’est l’affection qui l’infecta et elle en perdit la cellule ; sur-le-chant, elle capitula aux catapultes de Tempérance et à l’emporte-pierre, s’immergea comme île. La patience a une belle jambe, et des lacunes qui servent toujours à quelque chose ; c’aurait pu être un grand amour.
Et aujourd’hui après chaque accalmie, à l’accoste d’optimisme et aux ouvrages du tragique, elle reprise à l’amer les vagues déchirées.

Joséphine de Hacrepeine

Publié par Aude le 21 octobre 2007

A s’être levée la dernière tous les jours d’une vie anathème, elle admonestait encore des états d’être, juste bonne à réciter par coeur mais sans des baroqueries apologétiques. Joséphine avait été un arbre sans aubier, un i sans point, un chat sans souplesse ; sa mémoire tapissée d’un papier peint de mots choisis parmi ceux des autres, elle n’avait jamais donné classe d’escapade et n’avait offert que salle de pluie. Elle savait bien la vétusté de son intelligence et s’épuisait toujours en audaces inutiles, touchant à chaque coup au blasphème, toute entière enchâssée dans sa collection sincère de baratins rudimentaires. Mais dans l’épaisseur de ses matinées grasses, arrachant ses racines pour partir à la recherche du ciel, la patiente récalcitrante lessivait sa peau de drôle puant la naphtaline du soir dernier, comme l’on s’escrimerait à faire pousser des cheveux aux cailloux.
Au demeurant, et si elle venait à l’allégeance du monde, sa malemort toutefois édifia probe réponse à propos de l’amour et de la mort : c’est le dosage du premier poison qui dégoise de la déprédation ou du reliquat de la dernière levée.

[Muse syndiquée]

Publié par Aude le 07 octobre 2007

F
fuair
, n. m. - Commerçant trop sympathique.

R
revicyclundre
, v. - Faire la même blague à plusieurs personnes.

S
scornilloule
, n. f. - Eau chaude difficile à régler.

T
toremphine
, v. intrans. - Toujours pas compris. Ex : “… Ah ah ah ah ah !”


La messe Edith.

Publié par Aude le 01 octobre 2007

Le tout au garde-meubles, une aune seulement en peau de taupe par audessus les coins saillants à portée de coups, Edith partit quand même. Mais l’aller las - tic involontaire de son carnet à desseins - elle se sentit Dieu et de son cœur voulut se faire l’apôtre, à mille bornes d’en franchir la frontière.
Elle parla de son pays d’en-dedans qui ressemblait si peu aux dents du monde véritable, de ses images de l’Ignoble en cape d’illusion tout chapeauté de coquilles et elle s’attarda en mélancolie, le coude au genou et la joue dans la paume. Perçant la doctrine d’une divine pour s’en enduire, son palais n’avait pas dit son dernier mot ; il lui avait semblé que des musiciens finissaient par naître des sublimes lorsqu’ils en cherchaient la note.
Méconnaissant altermoiements, elle se composa des armes à tout, des armes à lettres, des arbalètes à figures blettes et terminologies bien acérées.
Et à la garde des champs de chagrin et en faveur de leurs échos, quelques jours à mentir son humeur et à en omettre le précipité, elle se garda du maelström des grandes occasions.
Mais les apories coûtent cher.